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Comment vivre dans ce merdier...

... sans un rêve pour se défendre ?

Cette question est arrivée par hasard à mes oreilles un jour de grand vent. Quel rapport entre le grand vent et la question me direz-vous ? Il se trouve que les phrases volent mieux et plus loin les jours de grand vent. Celle-ci vient du continent d'en face. Du Canada. C'est vous dire le vent qu'il y avait ce jour-là…

Comment vivre dans ce merdier sans un rêve pour se défendre ? Prenez le temps de vous poser sincèrement la question, tout d'abord d'un seul bloc, puis en la décomposant. Hypothèse de départ : nous sommes au milieu d'un merdier sans nom. Question numéro un : comment y vivre ? Réponse : avec un soutien, un support. En clair, une arme ou un bouclier pour affronter votre vie "merdique". Exemple, un rêve ; celui que vous choisissez. Le vôtre. Mégalo, doux, ou brutal, c'est la seule arme que vous avez pour vous défendre. Deuxième question, celle qui m'intéresse : Est-il raisonnablement possible de vivre ici sans l'aide d'un rêve pour tenir ? J'aurais tendance à répondre que non. Qu'il soit bien réel, tangible, irréalisable ou artificiel, chacun court après un rêve et c'est ce qui nous fait tenir chaque jour un jour de plus. Celui qui ne rêve plus est mort. Rappelez-vous de L'Histoire sans Fin

Quelques films récents posent la question de la frontière entre réalité et onirisme (Existenz, Matrix). Mais ils n'ont rien inventé. L'homme a toujours su que celle-ci est ténue et que l'un et l'autre de ces mondes sont comme le Yin et le Yang : opposés mais imbriqués, avec ce bout de l'un incrusté dans l'autre.

La différence avec aujourd'hui, c'est qu'auparavant, seuls quelques initiés - qu'ils soient chamans, sorciers ou druides - étaient en droits (et capables) de passer consciemment de l'un à l'autre monde, de les faire se croiser et interagir. Sans trop de danger et en pleine conscience.

De nos jours, le simple mortel sous l'emprise de l'alcool, d'héroïne et abruti de TV n'est plus capable de faire la différence et s'estime en droit (dans tous les sens du terme) de mélanger les deux. Mais à la manière d'un épouvantable gloubiboulga. Anarchiquement, sans réfléchir ni respecter quoi que ce soit et surtout sans en mesurer les conséquences. Cela nous donne toute une flopée de "gravos" qui pour les moins dangereux finiront camés jusqu'à l'os et pourriront dans un coin d'une quelconque banlieue mexicaine, et pour les plus dangereux, chef d'état prêt à mettre en péril la vie de toute une population pour le pouvoir ou d'en exécuter sommairement et sauvagement la moitié - Hutus ou Tutsis.

Le rêve à perdu de sa féérie et Peter Pan ne sait plus voler. L'ambition et la quête du pouvoir ont remplacé l'onirisme et la quête d'un autre monde.

Qu'on ne se méprenne pas sur mon discours. Loin de moi l'envie ni même l'idée de vous servir au menu un plat de pessimisme à la sauce noire d'horreurs. Pour vous en convaincre, sachez que je côtoie quotidiennement Antonio C qui n'a de cesse de me montrer toutes les merveilles de la vie.

Simplement, cette phrase d'un inconnu, pêchée sur Internet, m'a donné à réfléchir longuement sur les rêves que font aujourd'hui nos enfants et nos contemporains. Ils me paraissent de moins en moins beaux. Peut-être parce que nous ne leurs accordons plus la place adéquate ? Trop de rêves - délirants ou sous emprise quelconque - tuent le rêve. Pas assez de rêverie - faute de temps - affadissent les rêves. Comme les personnages de l'Histoire sans Fin, les lutins, trolls et magiciens ont disparu parce que nous les avons oubliés. Qu'adviendra-t-il de nous si nous nous oublions mutuellement ? Si l'on ne rêve plus les uns des autres ? Ou si nous ne rêvons des autres que dans un univers et un avenir sinistres, pollués et instables ? Disparaîtrons-nous également ou souffrirons-nous de plus en plus ?

Certains d'entre-vous commencent à chuchoter que je suis en plein délire, que je devrais peut-être arrêter les petites pilules ou la fumette. Je pousse un peu, certes, mais c'est volontaire. Quel avenir se réserve-t-on si plus aucun rêve ne vient nous chatouiller l'esprit ? La richesse de l'être humain, sa créativité, son adaptabilité viennent de son imagination, de cette capacité à inventer ce qui n'existe pas. Sans rêve…

Doit-on envisager d'ajouter au lycée des cours de rêve pour garantir notre avenir ?

 

Milo KASK

© 2007 le.raleur