Je vais vous raconter une petite histoire qui s'est passée dans une entreprise d'un ami. Un matin, la cafetière de l'accueil de ladite société tombe en panne. Comme il s'agit d'un percolateur de marque, il y a un délai de service après-vente mais, somme toute, normal. Deux jours plus tard, d'importants clients arrivent en rendez-vous. Toutes les huiles sont là pour les accueillir ainsi que les gens du terrain, c'est-à-dire ceux qui, depuis une semaine, préparent les dossiers. Le PDG demande à l'un de ses assistants de préparer du café. La personne constate que le percolateur est absent. Après s'être renseigné auprès de la secrétaire, il cours donc au service administratif où la comptable a amené depuis longtemps une bonne vieille cafetière qui permet à l'administration de se réunir le matin autour d'un café pour régler deux ou trois bricoles dans la bonne humeur. L'assistant demande à l'emprunter ("no problemo !") mais, par inexpérience ou bêtise , il demande à la propriétaire de l'engin de "préparer le café pour les clients" (sic!). Après s'être magnifiquement fait envoyer sur les roses, le jeune assistant se voit donc contraint de faire le café, tant bien que mal. L'affaire est close. Le lendemain. Autres clients, autre assistante. Même combat : hasard ou coïncidence, l'assistante renouvelle l'erreur de son collègue de la veille. Cette fois la comptable met un peu trop d'agacement dans son ton et son volume sonore d'indignation. Même résultat. Mais tout ce foin est arrivé jusqu'aux oreilles de nos éminentes huiles précitées. Et celles-ci de s'effarer de l'absence d'une cafetière pour la société non mais des fois. Et la dérive commence. Car le directeur administratif convoque alors tout le service (dont la comptable) pour les entretenir 3/4 d'heure de cafetières, le PDG convoque la secrétaire d'accueil pour exiger - un vendredi à 16H - que le lundi suivant, à 8H, le percolateur soit revenu de réparation et le directeur commercial passe une ramée à ses assistant(e)s de n'avoir pas anticipé l'absence de percolateur. Bref, c'est un problème d'une extrême importance qui secoue alors la société. Il faut régler cela toute affaire cessante ! Au milieu de cela, une personne de la facturation (service administratif donc), trouve cela vraiment absurde. Notamment les 3/4 d'heure perdus à ne même pas écouter son directeur soliloquer sur les cafetières. Histoire de remettre les choses à leur juste place (ainsi que les dirigeants), le lundi (le percolateur n'est toujours pas là !), elle fait passer ce petit mémo à toute la société :
"C'est l'histoire de Pépé. Il est paysan. Depuis toujours il cultive comme ses parents l'on déjà fait avant lui, pour nourrir sa famille. Mais aujourd'hui, Pépé est désespéré : le cyclone Mitch est passé sur son pays, le Honduras. Tout est ravagé, son espoir comme sa plantation de caféiers. Tout est à recommencer. Pépé est malheureux : que va-t-il advenir de tous ces gens qui se délectaient de ce breuvage dont il était le producteur ? Et il a bien raison, Pépé, d'être si triste, car il ne sait pas qu'à des milliers de kilomètres de là, on fait une histoire d'état pour une cafetière…
Mais comme tout est relatif, il est vrai qu'il n'y a pas de petits maux, et à chacun existe son remède. Signée : une fêlée de la cafetière ou bien une qui en a marc de café !"
Au jour d'aujourd'hui, elle est toujours à son poste, mais l'histoire ne dit pas si tous les dirigeants ont eu le sens de l'humour et le bon sens de reconnaître leur absurdité. Mesdames et messieurs qui avez du pouvoir, un peu, beaucoup ou à la folie. Qu'il s'agisse du bureau, d'une association, de votre maison, de votre famille, chaque entreprise (au sens large) a ses petits ratés et travers. Consacrez donc votre temps et votre énergie à faire en sorte que les gens s'y sentent bien plutôt que de faire la chasse aux petits soucis qui se résoudront d'eux-mêmes et qui, reconnaissez-le, ne vont pas changer la face du monde. Vous gagnerez en crédibilité, en confiance et en temps. Un temps, que vous pourrez peut-être consacrer à réfléchir à des problèmes plus essentiels…
Bien à vous et chapeau à la dame (ou demoiselle) !
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