Accueil
Ballade Ballade
Contact
Antonio C
DJYWHY
E.C.
Isa
Jeanne
Marc Ange
Milo KASK
MPBB
Oree Lee
Raphaël
S. Poire
T-BOND
Tobie
WATER
Textes ©
ECRANS
Qui, Que, Quoi ?
Liens essentiels
Communication sans fil...

... et individualisme forcené.


Ces deux faits de société de la fin de notre millénaire vont–ils devenir le paradoxe décadent du passage à l’An 2000 ?

La crise existentialiste et identitaire d’un certain nombre d’individus a-t-elle atteint un tel degré qu’il faille qu’ils aient à se relier quasiment en permanence avec la pseudo humanité virtuelle d’un téléphone sans fil ?

Faut-il parler de la " mondialisation hertzienne " au service de la communication entre humanoïdes désincarnés ?

Certes on peut dire beaucoup de choses sur ce phénomène en se référant à l’impact de la publicité, en trouvant que cette évolution technologique est un véritable progrès, qu’elle apporte même une dimension sécuritaire pour une personne malade, accidentée ou en difficulté, parce qu’elle peut aussitôt joindre quelqu’un pour obtenir de l’aide.

On peut même se demander comment les gens survivaient avant, sans ce cordon ombilical devenu si indispensable !

L’ autre jour en faisant mes courses dans une grande surface, j’ai découvert un client avec un portable, en grande conversation téléphonique pour savoir ce qu’il devait acheter ! Je me suis tout à-coup senti " décalé " avec ma liste de commissions écrites sur une petite feuille de papier. Serais-je devenu un être préhistorique de la communication moderne ?

L’on voit ainsi déambuler un peu partout des humains monologuant dans de petites boites noires ou de couleurs : c’est plus gai, de plus en plus petites : c’est plus discret ! et puis ça peut situer le niveau socio-financier : on a le dernier modèle ! un peu comme une mode, pourtant avec le sentiment que cette mode, risque bien de ne pas s’arrêter de sitôt.

Le temps , l’espace, et donc la vitesse : aller plus vite dans le temps, dans l’espace, communiquer en simultané, faire plusieurs choses à la fois, anticiper, prévoir ; toutes ces actions, ces volontés, ces désirs, se mélangent, se confondent, certaines apparaissent logiques mais dans quels buts ? d’autres ne sont que des artifices auxquels le citoyen moyen se laisse prendre facilement.

Vers quoi court-on ? sans doute et malheureusement vers une perte de la valeur des relations humaines véritables. L’homme, dans sa condition de normalité, possède la parole, le regard, le corps c’est-à-dire la posture, l’attitude, le visage, l’humeur, l’énergie et encore bien d’autres caractéristiques visibles ou non qui toutes participent à son expression globale lorsqu’il communique avec d’autres.

Réduire sa communication à la parole c’est " l’amputer " d’une grande partie de lui-même, et de plus c’est lui qui serait en train de choisir de se " mutiler " ainsi ! A une époque où heureusement on fait des progrès importants et significatifs pour reconnaître et intégrer les personnes handicapées, et ou l’évolution de la Classification Internationale des Handicaps permet de passer d’un regard réducteur ( Déficience / Incapacité / Désavantage) à un regard plus respectueux et plus porteur d’une considération sociale égalitaire ( Déficience / Activité / Participation ), en même temps on " handicape " les valides avec de tels commerces modernes fallacieux !

Au même titre que des visionnaires pessimistes imaginent qu’un trop grand développement de l’automobile générerait des culs de jatte, on pourrait très bien penser que le portable pourrait réduire le visage à deux grandes oreilles !

Plus fondamentalement, qu’améliore le portable dans l’évolution relationnelle entre les hommes ? La possibilité pour ceux qui sont loin de pouvoir conserver le contact plus facilement, plus individuellement, et sur ce aspect c’est un progrès indéniable. La question est de savoir pour quel type de relations, professionnelles ? celles-ci elles sont certaines ; plus personnelles, privées, affectives, amoureuses ? il faudrait espérer que celles-là soient également très nombreuses.

Pourtant en observant les visages " appareillés ", peu sont radieux, amoureux, et incitent à sourire du bonheur exprimé, comme, lorsque trop rarement, on croise un couple tellement en amour qu’il semble vouloir le partager avec leur entourage du moment, pourtant inconnu.

Le " sans fil " permet également de prévenir plus facilement ses proches ou ses collaborateurs d’un contretemps, d’un problème, d’éviter ainsi l’inquiétude des uns et des autres.

Mais il annule aussi la démarche de prendre le temps de se rencontrer en chair et en os, de partager une vraie relation humaine, et cette perte est extrêmement dramatique.

Un regard, un sourire, une ouverture des bras, un geste de la main, une accolade, un silence, communiquer en partageant une musique, une émission, un spectacle ; on peut avoir peur que ces moments, non pas disparaissent, mais se raréfient et éloignent les personnes les unes des autres.

Parallèlement on est bien obligé de constater que l’individualisme forcené se développe de plus en plus dans nos sociétés capitalistes où la finalité de la vie semblerait se limiter à toujours plus d’argent, ce qui soit dit en passant relève plutôt d’un moyen que d’une finalité, moyen qui occupe considérablement beaucoup d’hommes actuels sans qu’ils sachent pour autant à quoi il vont employer cet argent.

Et pour gagner plus, il faut aller plus vite il faut se battre, s’isoler de l’autre, adversaire potentiel dans l’accession au plus, donc on garde ses distances pour mieux " arriver " quitte à " marcher " sur l’autre.

Toute cette dynamique peu reluisante rend l’homme individualiste et silencieux, il pense seul pour développer ses stratégies de réussite comme un forcené. Pourtant la communication lui manque, mais attention, il ne faudrait pas trop se livrer en public, on pourrait savoir ce qu’il pense, ce qu’il vote, ce qu’il espère et ce serait sûrement dommageable pour sa réussite si jamais il ne pensait pas comme ceux qui pourraient lui accorder sa promotion.

En matière de communication la télévision est devenue un instrument qui aujourd’hui va à l’inverse de sa destinée initiale. Faite pour informer et apporter la culture, la réflexion sur des faits du monde devenus accessibles à tous, elle s’enquiert, en fait maintenant, de ce qui intéresse le plus les auditeurs et leur sert sur un plateau ( !….) pour gagner plus de parts de marché. C’est aujourd’hui le dieu audimat qui gouverne, quitte à laisser les gens incultes et volontairement dans un état de dépendance plus propice à vendre des artifices inutiles ou pas forcément indispensables.

Quelle solution ? une seule, le réveil des consciences et le Boycott du matériel inutile, avilissant, sclérosant, réduisant les facultés humaines, tendant à long terme à nous rendre handicapés de nos possibilités humaines si merveilleuses. ) Il faut nous battre pour utiliser tout notre potentiel et non accepter béatement des prothèses réductrices et inutiles si elles nous submergent.

Les découvertes et la science doivent améliorer la condition humaine et heureusement, il reste beaucoup de domaines où c’est le cas en particulier pour les personnes handicapées qui grâce à certaines découvertes peuvent recouvrer une vie moins pénible.

Les Vœux pour l’an 2000 : ne pas s’isoler, parler en vrai , en chair et en os, se rencontrer, partager des moments de vie avec d’autres, échanger, élargir son cercle, écouter l’autre, et pour terminer par une pirouette sous forme de proposition au vénérable rédacteur en chef de ce journal : et si on se téléphonait sur nos portables pour convenir d’une rencontre en vrai rassemblant tout ceux qui à un moment ou à un autre se sont " compromis en écrivant " dans ce vénérable Fanzine : Le Râleur  ? ? ? ? ? ? ? ? ?

E.C

© 2007 le.raleur